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Le
fluorure et la filière des phosphates
par George C. Glasser
George
Glasser est un écrivain basé en Floride dont les articles
ont été publiés dans Newlife, Whole Life Times,
Sarasota ECO Report et Tampa Tribune.
Partout
aux États-Unis, les villes achètent des centaines de
milliers de gallons de concentré frais, produit à partir
de matières polluantes en provenance de la Floride – il
s’agit de l’acide hexa-fluorosilicique (H2SiF6) servant
à fluorer l’eau potable.
L’acide
hexa-fluorosilicique est composé de résidus (boues de
lavage) de gaz de tétrafluorosilicate et d’autres types
de gaz fluorés. Durant
le procédé par voie humide utilisé lors de la fabrication
des fertilisants phosphatés, ces résidus sont extraits à
même les filtres épurateurs et sont ensuite concentré en
une solution à 23%. Généralement, l’acide est stocké
dans des basins extérieurs de refroidissement avant d’être
envoyé aux villes américaines pour la fluoration
artificielle de l’eau de consommation.
Fluorer
l’eau potable à l’aide de résidus polluants récupérés
est une méthode économique qui permet de se débarrasser
aisément des déchets toxiques. Autrement, l’acide serait
déclaré déchet toxique dangereux, conformément à la
Liste des produits chimiques prioritaires du Fond spécial
pour l’environnement (List Superfund Priorities). Cette
liste inclut les substances toxiques qui posent le risque le
plus élevé pour la santé humaine, substances sujettes à
un risque élevé de poursuite pour les industriels.
En
Floride, les fournisseurs de fertilisant phosphaté ont
investi plus de $10 milliards dans leurs mines et
installations de production. La production des fertilisants
phosphatés représente quelques $800 millions en salaires
chaque année. Les mines de la Floride produisent 30% de la
production mondiale ainsi que 75% de l’approvisionnement
en fertilisants phosphatés aux États-Unis. Une partie
substantielle de l’approvisionnement en acide
fluorosilicique, utilisé pour la fluoration de l’eau
potable de ce pays, est également produite en Floride.
L’exploitation
minière et la production de fertilisant phosphaté ne sont
pas des activités sans danger pour l’environnement. Dans
le centre de la Floride, les fluorures et les radionucléides
(nucléides radioactifs) sont les principaux polluants
toxiques générés lors de la production des fertilisants
phosphatés. Les gens qui habitent près des mines et usines
de fertilisant souffrent de taux de cancer et de leucémie
deux fois plus élevés que la moyenne de l’État. En
fait, un large territoire du centre de la Floride a été
converti en décharge de déchets toxiques, déchets issus
de l’industrie des fertilisants phosphatés.
Les lois de l’État et les lois fédérales ont été
modifiées pour accommoder les producteurs et pour faciliter
l’usage des fertilisants phosphatés : ces lois permettent
désormais l’usage de substances polluantes récupérées
pour la fluoration de l’eau.
Les
déchets de radium qui sont récupérés dans les systèmes
de filtration installés dans les usines de fertilisant
phosphaté font partie de la liste des (pires) Substances
Radioactives Retrouvées dans la Nature (SRRN) – (NORM:
Naturally Occurring Radioactive Material). Ces déchets de
radium sont si concentrés, qu’il est interdit de les
ensevelir dans les décharges autorisées à recevoir ces
SRRN aux États-Unis, ce qui fait que les producteurs
rejettent ces déchets radioactifs dans des réservoirs
d’acide aménagés en haut de piles de gypse hautes de 200
pieds. Le gouvernement fédéral n’a pas adopté de règlement
pour leur élimination.
Durant
les années 1960, les émission de fluor endommageaient les
cultures, tuaient les poissons et causaient la fluorose
squelettique incapacitante chez les animaux de bétail. À
cette époque, les usines rejetaient les substances
polluantes concentrées directement dans les cours d’eau
se déversant dans la baie de Tampa.
L’EPA
(l’Agence de protection environnementale des États-Unis)
s’est alors préoccupé de la situation et a appliqué une
réglementation qui exige que les producteurs installent des
filtres épurateurs pour combattre la pollution.
Le
phosphate : un agent mortel
À la fin des années 1960, Ervin Bellack, un chimiste de
l’EPA, est chargé de trouver une solution exemplaire à
ce gigantesque problème de pollution. Puisque les déchets
de phosphate récupérés lors de la production de
fertilisant contiennent 19% de fluorure, Bellack conclue que
ce concentré de ‘’liqueur de lavage’’ constitue un
parfait agent de fluoration. En effet, contrairement au
fluorure de sodium (un déchet de l’industrie de
l’aluminium), ce liquide est facile à dissoudre dans
l’eau. De plus, il n’est pas cher.
Le
sort en est jeté. L’industrie de l’aluminium, qui
auparavant fournissait le fluorure de sodium pour la
fluoration de l’eau, fait face à une pénurie de spath
fluor utilisé dans la fusion de l’aluminium. Il y a donc
aussi pénurie de fluorure de sodium.
Pour
l’industrie des fertilisants phosphatés, ce manque de
fluorure de sodium est la clé qui permet de changer la
donne, soit changer la perception d’un danger
environnemental en atout. Avec l’assistance de l’EPA, le
statut de l’acide fluorosilicique
passe de ‘concentré de déchet toxique’ et
‘danger environnemental’ à "agent anti-carie éprouvé."
L’EPA
et le Service de santé publique des États-Unis (US Public
Health Service) dérogent alors à toutes les procédures de
test et – conjointement à l’Association dentaire américaine
(ADA) – encouragent les villes à ajouter ce concentré
radioactif dans l’eau potable de l’Amérique, sous forme
de formule "améliorée" de fluorure.
Contrairement
aux prétentions des promoteurs, ce produit n’est pas du
"fluor" ni du "fluorure" : il s’agit
plutôt d’un concentré de matières polluantes. Le
fluorure ne représente en fait que 19 % du total des
polluants récupérés.
En
1983, Rebecca Hanmer, administratrice adjointe du Bureau de
surveillance de la pollution de l’eau (EPA Office of water),
explique la politique officielle de l’EPA :
"En
ce qui concerne l’utilisation de l’acide fluosilicique
comme source de fluorure destiné à la fluoration de
l’eau, cette agence considère qu’une telle utilisation
est une solution environnementale idéale qui vient résoudre
un problème de longue date. En récupérant l’acide
fluorosilicique, un sous-produit du processus de fabrication
des fertilisants, la pollution de l’eau et de l’air sont
minimisés, et les services d’aqueduc ont accès à une
source de fluorure à faible coût."
Nouveau :
formule
radioactive
améliorée
!
Lorsqu’ils
promeuvent l’utilisation d’un concentré de matière
polluante, l’ADA, les agences fédérales et les
industriels oublient de mentionner qu’il s’agit d’une
substance radioactive. Dès que de l’uranium est trouvé
à l’état naturel minéral, une panoplie d’autres
radionucléides est toujours retrouvée dans la matière minérale,
à divers niveaux de désintégration radioactive.
L’uranium, qui avec tous ses produits de désintégration,
se trouve initialement dans la roche phosphatée, va donc
ensuite se retrouver dans l’acide fluorosilicique et dans
les fertilisants phosphatés.
Durant
le procédé par voie humide, des résidus de radium et
d’uranium sont capturés à l’état de trace dans les
filtres épurateurs anti-pollution. Un tel processus est le
sujet d’un article écrit par H.F. Denzinger, H. J. König
et G.E. Krüger (1), publié dans Phosphorus &
Potassium (No. 103, sept./oct. 1979), un revue spécialisée
de l’industrie du fertilisant.
Dans cet article, on explique comment les radionucléides
sont transportés jusque dans l’acide fluorosilicique.
Bien
que l’uranium et le radium contenus dans l’acide
fluorosilicique soient des substances cancérogènes
reconnues, deux produits issus de la désintégration de
l’uranium sont encore plus cancérogènes : le radon 222
et le polonium 210.
Durant
le processus d’acidulation qui génère l’acide
phosphorique, du gaz radon contenu dans les phosphorites
(gravier de phosphate) peut être libéré en plus grande
proportion que les autres produits de la désintégration
radioactive (radionucléides).
Le radon peut ainsi être transporté dans l’acide
fluorosilicique. Du polonium peut aussi être emprisonné en
quantité supérieure durant les opérations de lavage parce
que, comme le radon, il peut facilement se combiner avec le
fluorure.
Dans
des communications écrites avec l’auteur de cet article,
le fonctionnaire Joseph A. Cotruvo du Bureau de l’eau
potable de l’EPA (EPA Office of Drinking Water) et le
technicien en fluoration Thomas Reeves du Service de santé
publique ont tous deux reconnu la présence de radionucléides
dans l’acide fluorosilicique.
Le
radon 222 n’est pas une menace immédiate parce qu’il
cesse d’émettre des radiations alpha et se désintègre
en plomb 214 en seulement 3.86 jours. À première vue, le
plomb 214 semble inoffensif, mais il finit par se désintégrer
en bismuth 214 et ensuite en polonium 214. À moins de
rechercher un isotope bien précis, personne ne se douterait
de ce qu’une transmutation en isotope de polonium se soit
produite.
Le
polonium 210, un produit de la désintégration radioactive
du bismuth 210, a une période radioactive de 138 jours
pendant laquelle d’intenses radiations alpha sont émises
dans un processus de désintégration en plomb régulier et
stable. Tout résidu de polonium 210 se trouvant dans un
concentré de phosphate pourrait représenter un risque
considérable à la santé. Puisque le polonium 210 émet
l’équivalent de 5 000 fois la quantité de particules
radioactives émises par le radium, même une minuscule
quantité de polonium 210 peut représenter un grand danger.
Aussi peu que 0.03 microcuries (6.8 billionièmes d’un
gramme) de polonium 210 peut être cancérogène pour les êtres
humains.
Dans
le corps, l’isotope de plomb se comporte comme le calcium.
Il peut se loger dans les os pendant des années avant de se
muter en polonium 210 et de commencer à émettre des
particules radioactives alpha.
Ainsi,
l’eau potable fluorée avec de l’acide
fluorosilicique contient du radon, libéré à chaque
étape de la désintégration radioactive du polonium. Plus
le concentré de matières polluantes est ‘frais’, plus
la quantité de polonium est élevée.
Tant
que la quantité de contaminants ajoutée à l’eau potable
(incluant les radionucléides dans l’acide fluorosilicique)
n’excède pas les limites établies dans le Programme
d'approvisionnement en eau potable (Safe Drinking Water Act),
l’EPA ne voit aucun problème avec l’utilisation de
n’importe quelle matière contaminée utilisée pour le
traitement de l’eau de consommation.
Risques
élevés : Pas de test
Malgré
le risque plus élevé de cancer, en raison de
l’utilisation de résidus de phosphate pour la fluoration
de l’eau potable, ni l’EPA ni le CDC (Centers for
Disease Control) n’a commandé ni requis une seule étude
clinique portant sur ce concentré de matières polluantes
– c’est-à-dire, le radical libre hexafluorosilicate,
dont les propriété toxico-cinétiques sont différentes de
l’ion fluorure à l’état seul.
L’article
de loi 104 (I) (5) du CERCLA (Comprehensive Environmental
Response, Compensation and Liability Act) exige que le
Registre des substances toxiques et des maladies (Toxic
Substances and Disease Registre), l’EPA, le Service de
santé publique et le Programme national toxicologique
initient un programme de recherche sur l’innocuité du
fluorure. Pourtant, même après quelque 30 années
d’utilisation de l’acide fluorosilicique et du
fluosilicate de sodium pour la fluoration de l’eau
potable, aucune étude n’a été commandée.
Bien
que l’eau de robinet soit très différente de l’eau
pure (H2O), l’hypothèse actuelle est que l’ion fluorure
n’existe que dans une solution idéale d’eau purifiée.
Toute la recherche clinique avec modèles animaux est
effectuée à l’aide de fluorure de sodium pur à 99.97%,
d’eau bidistillée ou d’eau désionisée. Parmi les
milliers d’études cliniques concernant le fluorure,
aucune n’a utilisé un concentré de matières polluantes
ou de l’eau de robinet typique contenant des fluorures.
Soupe
synergique
L’acide fluorosilicique est également contaminé par des
traces d’arsenic, de cadmium, de mercure, de plomb, de
sulfates, de fer et de phosphore, sans oublier les radionucléides.
Certains contaminants peuvent potentiellement réagir avec
les radicaux libres de l’hexa-fluorosilicate. Ils
pourraient également agir comme complexes de coordination
donnant, en solution, des ions complexes. L’action
biologique et les propriétés toxico-cinétiques de ces
ions complexes sont inconnues.
La
réalité de la fluoration artificielle de l’eau est si
complexe, qu’il pourrait s’avérer impossible de déterminer
la sécurité de cette pratique. Chimiquement parlant,
l’eau de robinet est traitée avec du chlore, des
silicates solubles, des polymères phosphatées et avec
plusieurs autres produits chimiques. De plus, l’eau
pourrait contenir à sa source toute une variété de
contaminants.
Ajouter
un agent de fluoration à l’eau peut mener à la génération
d’éléments toxiques issus de réactions synergiques. Ces
éléments toxiques peuvent avoir des propriétés
toxico-cinétiques uniques à cette masse d’eau particulière.
En conséquence, toute maladie résultant de l’ingestion
chronique d’un tel produit est susceptible d’être
rapidement déclarée anomalie locale ou régionale sans rapport avec la
fluoration de l’eau.
Techniquement
parlant, la fluoration de l’eau potable constitue une
violation de la loi sur les Programme d'approvisionnement en
eau potable (Safe Drinking Water Act). Selon ce texte de
loi, il est interdit aux agences fédérales d’approuver,
d’appuyer, d’exiger ou de financer toute mesure
consistant à ajouter à l’eau potable un produit chimique
qui n’est pas destiné à la purification de l’eau.
Pourtant, le Service de santé publique joue avec les mots
et contourne la loi fédérale afin de promouvoir et
financer cette pratique.
Le
Service de santé publique (SSP) soutient qu’il ne fait
que recommander des niveaux de fluorure dans l’eau
potable, et que c’est aux États et aux collectivités de
décider ou non de fluorer l’eau potable.
On
interdit aux agences fédérales de financer directement ou
de mettre sur pied la fluoration de l’eau, mais des
subventions globales fédérales sont octroyées aux États, qu’ils peuvent utiliser selon leur bon vouloir.
À travers des intermédiaires et des tiers (tels que l’Association
dentaire américaine, les départements de santé publique
et les coordonnateurs de programmes de fluoration), le SSP
encourage les villes à appliquer pour des subventions
globales fédérales destinées à la fluoration.
La
légalité des subventions globales fédérales destinées
à la fluoration de l’eau, une pratique pourtant interdite
par la loi fédérale, n’a jamais été débattue devant
les tribunaux.
Les
fournisseurs de ce concentré de matière polluante, vendu
comme agent de fluoration, utilisent un avis de
non-responsabilité dans le feuillet de sécurité du
produit : "en aucun cas le fournisseur ne peut être
tenu responsable de dommage ou de blessure résultant
d’une utilisation anormale, de tout manquement aux
pratiques recommandées, ou de tout danger inhérent au
produit."
La
prochaine fois que vous ouvrez le robinet pour remplir un
verre d’eau, réfléchissez à l’avertissement émis par
l’EPA en 1997 relativement au fluorure:
Fiche
technique de règlementation: "Aux
États-Unis, il n’y a pas de norme de sécurité fédérale
qui s’applique aux additifs, incluant ceux en usage pour
la fluoration de l’eau potable."
(1)
Denzinger, H.F.J., Konig, H.J., and Kruger, G.E.W., Fluorine Recovery in the Fertilizer Industry -
a review, Phosphorus and Potassium #103, Sept/Oct. 1979, pp. 33-39.
Voyez quelques photos de l'industrie des phosphates en Floride :
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