Le
principe
de précaution date des années soixante-dix en
Allemagne, où les pouvoirs publics ont adopté le
Vorsorgeprinzip, qui les autorisait à prendre toutes «mesures
nécessaires et raisonnables» pour faire face à des
risques éventuels, même sans disposer des connaissances
scientifiques nécessaires pour en établir l'existence.
C'est
un principe de sagesse. Voyons ce qu'il est devenu dans les
textes légaux divers qui lui ont donné des valeurs
juridiques inégales.
Ainsi,
il figure par exemple
-dans
un texte fondateur adopté lors de la seconde Conférence
internationale sur la protection de la mer du Nord (novembre
1987),
-dans
la Déclaration de Rio publiée à l'is-sue de la deuxième
Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement
(13 juin 1992), ratifiée par la France (20 juin 1994).
-dans
le traité de l'Union européenne, signé à Maastricht (7 février
1992), l'article 130 R. § 2 énumère les principes devant
fonder la politique de la Communauté dans le domaine de
l'environnement (elle «est fondée sur les principes de précaution
et d'action préventive, sur le principe de la correction,
par priorité à la source, des atteintes à l'environnement
et sur le principe du pollueurpayeur»).
-dans
la loi française dite loi Barnier de 1995.
FRANCE
En
France, ce principe a été inscrit dans la Constitution
française lorsque, le 28 février 2005, les députés et sénateurs
réunis en congrès à Versailles ont largement approuvé la
Charte de l'environnement, par 554 voix contre 23 et 111
abstentions.
Il
est affirmé dans l'article L. 110-1 du Code de
l'environnement, qui prévoit que les politiques de
l'environnement s'inspirent de ce principe «selon lequel
l'absence de certitude, compte tenu des connaissances
scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder
l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant
à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles
à l'environnement à un coût économique acceptable».
Les
juridictions françaises ont interprété ce principe et lui
ont donné des effets juridiques directs.
PEUR
Mais
il ne faut pas confondre principe de précaution et
inaction.
La
tentation du risque zéro guette ceux qui ont peur. Car
outre les risques majeurs provenant de la nature, comme les
éruptions volcaniques et les tsunamis qu'ils peuvent
provoquer, beaucoup de personnes craignent les conséquences
de découvertes scientifiques (bombe atomique, pollutions
par des produits de synthèse, OGM, etc.). Et certaines en
viennent à refuser la recherche et les progrès
scientifiques. Pourtant, ce n'est pas la science qu'il faut
mettre en cause mais l'utilisation de certaines de ses découvertes.
Car il est important de développer nos connaissances. Pour
évacuer l'obscurantisme qui génère des manipulations
d'opinions. Pour savoir les causes des phénomènes
naturels. Pour savoir prévenir de l'imminence de leur arrivée
et avertir les populations concernées. Et les satellites,
inventions du génie humain, sont dans ce cas des
auxiliaires performants auxquels il ne faudrait pas renoncer
au prétexte qu'ils peuvent nous tomber sur la tête comme
le ciel sur celle des Gaulois.
OUI
à la recherche. C'est une nécessité. Ce sont mille
disciplines à servir sans peur mais sans qu'on puisse
reprocher une imprévoyance par oubli du principe de précaution
bien appliqué.
Pour
cela, il faut encourager les vocations scientifiques. Et
mobiliser les meilleurs esprits scientifiques de notre temps
pour aider à préparer un avenir qui ne peut être
construit sans eux.